REPRIS DANS LE COURRIER INTERNATIONAL
Occupé par
les intégristes, disputé par la rebéllion touareg, investi de trafics
criminels, le nord du Mali est une poudrière. C'est l'occasion pour les milices
d'autodéfense de réinvestir le terrain. Le quotidien malien L'Essor a
rencontré les combattants de la plus célèbre de ces milices.
Ganda Koy,
"Les maîtres de la terre" ou encore "Les propriétaires
terriens" en songhaï, est une milice d’autodéfense créée dans les années
1990.
A l’époque, elle avait largement bénéficié du soutien de populations très
diverses : riziculteurs songhaïs, éleveurs peuls, pêcheurs bozos, ouvriers
bellas et même de quelques pasteurs touaregs. Très rapidement , Ganda Koy
s’était dotée d’un comité des sages à Gao [deuxième ville du nord] et d’un
comité d’appui à Bamako, la capitale. Elle bénéficiait également du
soutien indirect de l’armée, des services de sécurité ainsi que du ralliement
de jeunes Songhaïs issus de pays voisins (Ghana, Nigeria, Bénin, Togo, etc.).
Aujourd’hui, face aux séparatistes du Mouvement national de libération de
l’Azawad (MNLA) et à leurs ex-alliés islamistes, une nouvelle version de Ganda
Koy est née et a pris ses quartiers à Mopti [ville sur le fleuve Niger au
sud-ouest de Gao]. Ses combattants volontaires sont en pleine formation pour
participer à la reconquête des territoires occupés.
Elle est dirigée par Abdoulaye Nadjim Maïga, qui fait partie des 12 membres
fondateurs de la milice. Il est chef d'état-major adjoint et chef des
opérations de Ganda Koy.
"Dans les années 1990, j'étais le plus jeune, explique Abdoulaye Maïga.
"Aujourd’hui, ceux de ma génération ne sont que des colonels-majors dans
l’armée malienne. L’intégration au sein de l’armée nous a été refusée tant
qu’on ne passait pas par le recrutement. Mais au même moment, les
ex-combattants touaregs [de la rébellion des années 1990] ont été intégrés par
centaines sans passer par la voie du recrutement. Et pourtant, la majorité de
ces intégrés se sont retournés contre l’Etat avec les moyens logistiques de
l’armée."
Assis sur un tapis, les jambes croisées, il est entouré de ses lieutenants les
plus proches. Il assure que sa troupe est forte de plus de "2 000
hommes" et compte 37 femmes. "La rébellion de cette année est la
conséquence de l’injustice des autorités d’alors", accuse-t-il. "La
majorité sont des jeunes. Mais on croise aussi des quadragénaires et même des
quinquagénaires. Tous n’ont qu’un seul objectif : libérer les terres
ancestrales aujourd’hui occupées."
La plupart de ces combattants savaient déjà manier une arme automatique. Ils
comptent sur le soutien logistique de sympathisants pour renforcer le peu de
moyens dont ils disposent. A l’heure du rassemblement, ils se mettent en rang
dans une discipline toute militaire. Pourtant seuls quelques-uns arborent le
treillis et les rangers réglementaires. La plupart sont en tenue civile.
Quelques-uns, dont des femmes, arborent fièrement des kalachnikovs. Ces
combattants volontaires ne viennent pas que des régions nord du Mali.
"Il n'est pas question de nordistes ou de sudistes, mais seulement de
Maliens, car c’est le Mali, notre pays, qui est menacé et coupé en deux par des
envahisseurs, confie l'un d'entre eux. Je suis élève-enseignant mais j’ai
toujours rêvé du métier des armes, et c’est la bonne occasion pour moi?”
Comme lui, la plupart des combattants volontaires escomptent intégrer les rangs
de l’armée après la guerre de libération des régions occupées. "La plupart
de ces jeunes se voient déjà militaires, mais reste à savoir si les recruteurs
ont abordé cette question avec les autorités de l'état-major. Mieux vaudrait
trouver la réponse dès maintenant pour éviter une situation compliquée plus
tard, s'inquiète avec raison un haut fonctionnaire de Mopti dont les locaux
sont devenus l'un des camps d'entraînement de Ganday Koy. "Un jeune qui
sait manipuler les armes et se retrouve au chômage risque d’être tenté par la
vie facile”, prévient-il.

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