ADRESSE À LA NATION DE SON EXCELLENCE
MONSIEUR
IBRAHIM BOUBACAR KEÏTA, PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE,
CHEF DE L’ETAT (KOULOUBA, LE 02 OCTOBRE 2013)
Mes chers compatriotes,
Comme
vous le savez, j’étais hors du pays pour porter votre salut et dire votre
gratitude aux amis du Mali qui avaient accouru, dans un élan sans précédent, à
son chevet, quand il en avait le plus besoin.
A
New York, à la faveur de la 68ème Assemblée Générale des Nations-Unies, j’ai
dit votre estime à la Communauté Internationale.
J’y
ai surtout annoncé le retour du Mali sur la scène mondiale. Un Mali qui a tiré
les leçons de sa crise et qui est déterminé à être un partenaire sûr du monde.
Parce
que sa glorieuse Histoire l’y invite. Parce qu’il est fondateur de
civilisations et parce que je ne me méprends pas sur la signification du vote
qui me vaut le redoutable et insigne privilège de parler au nom du grand peuple
que vous êtes.
A
Paris, mes échanges avec le Président François HOLLANDE me permettent de
compter sur l’accompagnement de la France pour la résolution de notre crise
multidimensionnelle.
Hélas,
ma visite parisienne a dû être écourtée à la veille d’un dialogue qui
s’annonçait fécond avec le Parlement Français.
J’ai
dû interrompre cette importante mission de mobilisation internationale pour le
Mali à cause des évènements de Kati, Kidal et Tombouctou.
Mes
chers compatriotes,
Me
sachant, vous imaginez aisément l’indignation et l’humiliation que me causent
les évènements dont Kati est le triste théâtre depuis lundi.
Une
investigation est en cours sur les raisons et les acteurs de cette gifle à la
nation au moment, je le répète, où les soldats d’autres nations, quittant leurs
pays et leurs familles, sont sur notre sol, pour nous défendre, et cela parfois
jusqu’au sacrifice suprême.
Si
nous voulons demeurer un pays d’honneur, cet honneur nous commande en toute
humilité d’être attentifs aux déséquilibres, à l’iniquité et d’une manière
générale aux dysfonctionnements dans l’armée.
Pour
l’armée républicaine promise et attendue comme pour les autres segments de la
nation, il n’est guère de salut en dehors de l’ascenseur républicain.
C'est-à-dire le mérite, la prévisibilité, l’équité et la justice. Mais je ne
saurais tolérer l’indiscipline et l’anarchie.
Je
veux renouveler ici tous mes engagements pour l’avènement de la nouvelle
République et la nouvelle armée.
J’ai
d’ailleurs instruits au gouvernement de procéder sans délai à la liquidation
des comptes et l’établissement du procès verbal de dissolution du Comité
Militaire Pour la Reforme des Forces de Sécurité et de Défense.
Que
la hiérarchie prévale ! Que les chefs militaires s’assument ! Que la chaîne de
commandement se fasse obéir ou qu’elle s’avoue impuissante et incompétente,
alors ce qui doit être fait le sera, et ce sans délai.
Je
n’ai pas été porté à la tête de ce pays pour l’affaiblir, le trahir, le piller,
en faire la risée du monde ou le laisser aller à la dérive.
Je
suis là pour servir avec foi, ardeur et détermination constantes ce peuple du
Mali qui me fait confiance, une confiance totale et sans faille.
Rien
ne me divertira donc de mon devoir. Aucun danger, aucun risque, aucune
intrigue. L’Etat de droit, le pays porteur des plus belles opportunités ne sera
pas facile à construire.
Mais,
pour qu’il soit demain, il faut que nous en posions le socle dès aujourd’hui.
Je
n’ai pas promis, non plus, un pays clé en main, vous le savez.
Mes
chers compatriotes,
Tant
que je resterai investi de votre confiance, j’assumerai mes très hautes
fonctions en toute sérénité et avec une inébranlable détermination.
Je
le redis et je veillerai à ce que cela soit !
Je
le redis aux auteurs des évènements honteux de Kati.
Mais
je le redis également à ceux qui, à Kidal, continuent le chantage, la violence
et la violation de l’accord du 18 juin 2013 à Ouagadougou.
Nous
avons eu suffisamment d’illustrations que l’Etat central n’est pas celui de nos
vœux.
Nous
avons voulu, avec la réforme de la décentralisation que je peux qualifier de
réforme majeure de la 3ème République, remettre les communautés au centre et à
la fin de nos politiques.
Je
travaillerai, sans relâche, à la stratégie d’un développement local qui rendra
Kidal, Tombouctou, Gao, Mopti, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Kayes et le District
de Bamako en responsabilité totale de leur développement dans un Etat éclairé,
riche, pertinent et fier de sa diversité.
Les
états généraux de la décentralisation incessamment attendus tireront toutes les
leçons de notre dispositif de gouvernance, en faisant appel à toutes les
compétences internes et y compris celles internationales.
C’est
une opportunité irremplaçable pour évaluer le passé et projeter un futur
inclusif.
Ma
main reste tendue. Laissons de côté la kalachnikov et venons à ce dialogue.
Je
prends à témoin la Communauté Internationale, l’offre de paix ira de pair avec
une volonté farouche de défendre le Mali, l’honneur du Mali, les soldats du
Mali, les populations du Mali, toutes ethnies confondues
Les
corps déchiquetés, les maisons effondrées, les mêmes horreurs qui peuplèrent le
passé récent, doivent cesser.
Aux
familles endeuillées de Tombouctou, j’adresse mes condoléances et celles de la
Nation. Pour les blessés de Tombouctou et de Kidal, je prie pour leur prompt
rétablissement.
Enfin
à vous tous, compatriotes, amis et partenaires du Mali, je redis avec force :
notre Peuple n’aspire qu’à vivre en paix, mais une paix dans l’honneur et la
dignité !
Notre
Peuple n’aspire qu’à son développement pour être enfin contemporain de son
siècle!
Vive
la vaillante armée nationale du Mali qui ne saurait jamais être une armée sans
honneur !
Dieu
veille sur le Mali éternel !
Vive
le Mali !