BAMAKO (Reuters) - Ibrahim Boubacar Keïta devrait être prochainement
proclamé président du Mali après avoir reçu les félicitations de son
adversaire, Soumaïla Cissé, qui a reconnu lundi sa défaite au scrutin
présidentiel destiné à stabiliser le pays.
Une fois que sa victoire sera officiellement confirmée, cet ancien Premier
ministre de 68 ans entretenant une réputation d'homme à poigne aura notamment
pour tâche prioritaire d'ouvrir des négociations avec les Touaregs du nord du
pays, dont le soulèvement en début d'année 2012 a mené le Mali au bord de
l'éclatement.
L'absence de contestation de la part de Soumaïla Cissé devrait lui conférer
l'autorité suffisante pour engager ces discussions sur la préservation de
l'unité du Mali, pour réformer l'armée et pour s'attaquer à une corruption
jugée endémique dans les cercles du pouvoir.
"Ma famille et moi-même sommes partis chez M. Keita, futur président
du Mali, le féliciter pour sa victoire. Que Dieu bénisse le Mali", a écrit
Soumaïla Cissé sur son compte Twitter, au lendemain du second tour de
l'élection présidentielle.
Quelques heures auparavant, cet ancien ministre des Finances originaire du
nord du Mali dénonçait encore des fraudes électorales au profit de son
adversaire. Cette reconnaissance rapide de sa défaite devrait finalement empêcher
toute contestation de la légitimité d'Ibrahim Boubacar Keïta dans ses nouvelles
fonctions de chef de l'Etat.
Ce dernier, surnommé IBK, était le grand favori du second tour de la
présidentielle. Il était arrivé largement en tête du premier tour le 28
juillet, avec quasiment 40% des suffrages et 20 points d'avance sur Soumaïla
Cissé. Promettant de rétablir l'autorité de l'Etat au Mali, il a ensuite
bénéficié du ralliement du 22 des 25 candidats éliminés au premier tour.
IBK EN TÊTE MÊME À GAO
Soumaïla Cissé a décidé de reconnaître sa défaite dès lors qu'il est apparu
évident qu'IBK était en tête même à Gao, la plus grande ville du nord du Mali,
a dit un de ses porte-parole.
Malgré quelques irrégularités marginales, les observateurs maliens et
internationaux ont salué le déroulement de l'élection.
"Cette élection, du point de vue des normes démocratiques, est un
succès", a ainsi déclaré Louis Michel, chef de la mission d'observation de
l'Union européenne.
"C'est une élection qui permet désormais au Mali d'entamer la
conclusion d'un processus en cours: le retour à une démocratie normale",
a-t-il ajouté.
Cette élection présidentielle est censée refermer une parenthèse ouverte en
mars 2012 par un coup d'Etat d'officiers subalternes mécontents de l'incapacité
du président de l'époque, Amadou Toumani Touré, à mater une rébellion de
Touaregs.
Ces derniers ont ensuite été évincés par leurs alliés islamistes, qui ont
pris le contrôle de la plus grande partie du nord du pays avant d'en être
chassés par l'armée française, intervenue en janvier dernier pour les empêcher
de fondre sur Bamako.
Le Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest (Mujao),
l'un des trois principaux groupes islamistes à l'oeuvre en 2012 dans le nord du
Mali, avait menacé de perturber le déroulement de l'élection présidentielle
mais il n'en a rien été alors que l'Onu est en train de déployer une force de
maintien de la paix de 12.600 casques bleus, baptisée Minusma.
La France entend pour sa part maintenir au Mali une force de réaction
rapide d'un millier de soldats.
"C'était une étape importante dans la transition au Mali vers la paix
et la réconciliation", a déclaré le représentant spécial de l'Onu, Bert
Koenders. "Il y a eu de petites imperfections (...) mais l'absence de
violences a été impressionnante dans un pays sortant à peine d'un
conflit."
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